Longo Maï

C’est au hasard de la dégustation des superbes confits de légumes concoctés par le Mas de Granier que nous avons découvert Longo Maï et sa formidable aventure humaine, entre anarchie et utopie. Le mas de Granier est l’une des coopératives du réseau Longo Maï qui, depuis 1973, expérimente l’autogestion et la vie communautaire, sans hiérarchie et sans salaire, tout en restant ouvert sur le monde et profondément militant et actif dès lors qu’il s’agit d’être solidaire, ici et ailleurs. Stimulant en ces temps de déliquescence sociale.


Longo Maï signifie “longtemps encore” en occitan. Longo Maï, c’est  « Du temps et des moyens pour les solidarités et les résistances d’aujourd’hui et de demain ; la joie de vivre, l’expérimentation, l’utopie comme outils pour bricoler un futur plus harmonieux. »

De la contestation à l’autogestion

Longo Maï, c’est d’abord le fruit de la rencontre d’êtres libres, refusant la marchandisation du vivant et la soumission aveugle aux pouvoirs, animés de valeurs de solidarité et de partage et désireux de vivre leurs idéaux sociaux en redécouvrant la capacité de faire. C’est ainsi qu’en 1972, deux groupes de jeunes mus par l’élan de mai 68, Spartakus en Autriche et Hydra en Suisse, décident de créer des « communautés européennes de jeunes […], zones expérimentales d’une Europe solidaire, pacifique et démocratique, par une vie commune et l’autosubsistance issue du travail dans l’agriculture, l’artisanat et l’industrie, sur une base coopérative, […] des semences d’une Europe dans laquelle on n’échange pas que des marchandises, mais des hommes et des idées, et qui relie les peuples entre eux. »
En 1973, un site pionnier est créé sur un terrain de 280 hectares à Limans, près de Forcalquier. La vie commune s’y veut solidaire et égalitaire, avec mise en commun des biens, des revenus et des forces de travail. Établie sous un statut de Scop, société coopérative de production ouvrière, Longo Maï a d’abord mis en place la production agricole et l’élevage, avant de développer la vente de vêtements, cosmétiques, conserves… élaborés bien sûr dans le respect du vivant.

”Les coopératives Longo Maï refusent de donner de la chair et servir de référence à des manipulateurs de concept comme développement durable, lutte raisonnée, environnement » que des institutions bien éloignées du terrain subventionnent aveuglément. Durables, nous sommes, et pourvu que ça dure, mais raisonnables surtout pas.”
Mathieu

Ni chef, ni salaire

La Scop, statut qui assure le partage du pouvoir entre les salariés, ne remet pas pour autant en cause la logique du salariat. Or, chez Longo Maï, il n’y a ni chef, ni salaire. Dans la pratique, la communauté fonctionne sur la responsabilisation de chacun et développe l’autogestion : participation de tous aux décisions, délégations de pouvoir limitées dans le temps, rotation des responsabilités…  Aujourd’hui, la propriété est collective sous forme d’un GFA, groupement foncier agricole. Les différentes productions et la vente extérieure conservent la forme coopérative et s’attachent à maîtriser l’ensemble des filières, afin de limiter les intermédiaires et optimiser la rentabilité. La filière la plus aboutie à ce jour est celle de la laine ; celle du commerce des fruits et légumes, avec notamment le Mas du Granier, se développe. Certaines personnes, ayant une activité très particulière, ont opté pour des statuts d’agriculteurs sous forme d’EARL, entreprise agricole a responsabilité limitée. La question des statuts reste épineuse : la communauté n’existe pas légalement et le caractère international de Longo Maï pose parfois problème : les Suisses, par exemple, ne peuvent résider à Limans qu’avec un statut de touristes…

 

”Nous avons réappris à capter des sources, à économiser l’eau, aujourd’hui de plus en plus rare et chère. Nous avons appris à labourer un champ, à planter fleurs et salades, à élever poules, cochons, moutons, chevaux. Notre radio, Radio Zinzine, est un lien permanent avec l’extérieur, une plate-forme politique, un lieu de rencontres. Un peu trop conquérants au début, nous avons eu des enfants, qui nous ont appris la patience, les rythmes des saisons, du jour et de la nuit, les compromis à faire dans toute vie à plusieurs.
Nous avons eu nos morts à enterrer et à accompagner, qui nous ont appris combien la vie est fragile, éphémère, souvent douloureuse, qui nous ont rendus peut-être plus humbles par rapport à nous-même, à nos activités, plus sûrs de nos choix.”
Jacques Berguerand, « Produire de la richesse autrement » éditions CETIM, Genève

Longo Maï, le réseau
Il existe aujourd’hui 5 coopératives Longo Maï en France : la filature de laine Chantemerle à Briançon, le Mas de Granier à Saint-Martin-de-Crau, Treynas en Haute-Ardèche et la Cabrery dans le Lubéron. À l’étranger, Longo Maï compte une implantation en Suisse, une en Autriche, une en Allemagne, une en Ukraine et une au Costa Rica. L’ensemble des participants, quelque 200 personnes, se réunissent une fois par an pour déterminer le programme et se partager les tâches entre les différentes communautés. Mais au sein de chaque communauté, les réunions sont régulières afin d’organiser, échanger, débattre…

Ouverture et solidarité

Si le mode de fonctionnement est l’autogestion, la finalité n’est pas l’autarcie. Car Longo Maï n’a pas renoncé à ses activités militantes, nées de ses exigences sociales. L’un des axes de réflexion et d’action se fonde sur la volonté de faire se rencontrer des peuples de différents pays. Au sein même de la communauté, Longo Maï compte ainsi 15 nationalités ! Bien que les fondateurs soient issus de l’extrême-gauche, le groupe ne se reconnaît dans aucune idéologie et revendique la liberté de faire de la politique par le bas en choisissant ses thèmes d’action, relayés par de nombreux sympathisants. Longo Maï s’appuie en effet sur un important mouvement de soutien de plusieurs milliers de personnes en Europe, qui apporte, notamment par ses dons, de quoi mener des campagnes de solidarité : accueil de 2 000 exilés chiliens suite au putch de Pinochet, actions de solidarité avec les Indiens Guaranis au Paraguay, création d’une coopérative de réfugiés nicaraguayens au Costa Rica (toujours active aujourd’hui pour la défense de la petite paysannerie), création du Comité européen de défense des réfugiés et immigrés (CEDRI) et du Forum civique européen (FCE) pour le soutien des processus de démocratisation des pays de l’Est, soutien au Syndicat des ouvriers de la campagne (SOC) qui défend les travailleurs saisonniers sans papier et immigrés exploités dans le Sud de l’Andalousie (El Ejido entre autres)…

Prêt pour l’aventure ?

Avec Longo Maï, l’individualisme et le petit confort bourgeois ne peuvent avoir cours : chacun travaille de façon libre pour défendre des idées et une certaine conception de la vie. Peu de théorie, mais beaucoup de pratique. Aussi faut-il se sentir prêt à rompre avec le conformisme ambiant. Il n’existe pas de protocole ou de parcours d’introduction. Toute personne nouvelle, après présentation des différentes activités, reste libre de faire un tour des différentes tâches, de visiter les différentes communautés, de participer à des actions militantes… Si la personne parvient à sortir des schémas individualistes de la société, elle s’intègre dans le groupe ; sinon, elle repart très rapidement d’elle-même. La plupart des nouveaux arrivants ne sont pas très politisés, mais ils savent ce qu’ils refusent et sont en quête d’un autre mode de vie, résolument anti-autoritaire… Il paraît que les militants politiques sont finalement les plus durs à intégrer car ils arrivent de structures qui, bien que prétendues “différentes”, s’appuient sur des logiques hiérarchiques, avec des idées bien arrêtées. Concrètement, ce sont surtout les Français qui repartent, peu habitués à ce genre de structures relativement informelles où tout est discuté par tout le monde.

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Pour aller plus loin
• Longo Maï, vingt ans d’utopie communautaire, Luc Willette, Syros, Paris, 1993
• Le site de Radio Zinzine, la radio de Longo Maï
• Un aperçu sur le réseau et les activités de chaque implantation
Les sites français
> Longo Maï, coopérative agricole, berceau du mouvement à Limans, 04300 Forcalquier  • Tél. 04 92 73 05 98 [élevage et polyculture]
> Le Mas de Granier, coopérative agricole,  Caphan, 13310 Saint Martin de Crau • tél. 04 90 47 27 42
[cultures maraîchères biologiques et conserverie]
> La Filature de Chante-merle, 05330 Saint Chaffrey • tél. 04 92 24 04 43
> La Ferme de Treynas, 07310 Chanéac • tél. 04 75 30 45 85
[maraîchage bio]
> Le Domaine de Cabrery, SCEA Dyonisos, 84240 La Bastide des Jourdans • tél. 04 90 77 87 28 
 [vergers d’oliviers et vignes]
• Et pour les vacances, découvrez Les saisons, gîtes et chambres pour individuels et groupes, gérés par Longo Maï

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3 réponses à Longo Maï

  1. damien dit :

    Bonjour,

    Comment fais t on pour prendre contact avec les personnes de longo maî ?, je souhaite essayer d’intégrer cette communauté.

  2. Élisabeth de la Fontaine dit :

    Bonjour Damien,

    Pour une vue d’ensemble, le mieux est de passer par le “bureau” de Bâle, voir ici http://www.prolongomaif.ch/contact/
    Par mail : info@prolongomai.ch
    Par tel : 00 41 61 262 01 11 / 00 41 61 262 02 46
    Par courrier : Pro Longo maï St Johanns-Vorstadt, 4001 Basel

    Sinon, contacter les structures les unes après les autres, en fonction de ce qui vous attire le plus puisque chacune a sa spécificité au niveau des productions. Voir les coordonnées en fin d’article.

    Bonne quête…

    Élisabeth

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