Nécessaire et bénéfique acidité gastrique

Mésestimée dans son bienfondé, souvent confondue avec l’hyperchlorhydrie dans ses effets (reflux œsophagien notamment), l’hypochlorhydrie s’avère une faiblesse nettement répandue, à la base de multiples troubles digestifs (digestion lente, mauvaise haleine, flatulences, constipation autant que diarrhée…), d’une mauvaise assimilation des nutriments, d’une altération de la muqueuse intestinale et fait donc le lit des carences, subcarences et intoxications, lesquelles génèrent de nouvelles faiblesses métaboliques dans la foulée. Voici donc quelques clés pour comprendre les enjeux d’une production d’acide chlorhydrique optimale, reconnaître les symptômes de faiblesse et comment retrouver l’équilibre.

Le rôle essentiel de l’acidité gastrique

Dans l’estomac, à fois zone de stockage, de neutralisation et de prédigestion, les aliments sont réduits en une bouillie homogène grâce à un malaxage intense et à l‘action conjuguée de l’acide chlorhydrique (HCL) et d’enzymes. L’estomac produit environ 3 litres d’acide chlorhydrique par jour grâce à des cellules de sa paroi capables de « pomper les protons », c’est-à-dire d’extraire du sang les ions hydrogène pour les concentrer dans l’estomac, avec pour mission de…
• Neutraliser les toxines et les pathogènes : virus, microbes, bactéries, champignons, levures…
• Amorcer la digestion des protéines en les décomposant en acides aminés
• Favoriser l’assimilation de certains nutriments et particulièrement celle des protéines, du fer, du calcium, du zinc, de la vitamine B12…
• Optimiser la digestion amont au niveau intestinal par stimulation de la production de sucs et enzymes.

Au niveau symbolique, selon l’approche d’Olivier Soulier, l’acidité gastrique nous sert à nous protéger des influences extérieures et notamment des structures et schémas qui pourraient nous être imposés. Et de fait, devenir acide signifie alors n’avoir pas su exercer ses limites et s’être laissé envahir par des éléments étrangers, comme si nous étions sous influence sans capacité à dire non.

Reflux œsophagien et manque d’acidité

Contrairement aux a priori et idées reçues, l’hypochlorhydrie est plus répandue que soupçonné et il estimé que 90 % des personnes traitées pour une hyperchlorhydrie souffrent en réalité d’une hypochlorhydrie. En effet, les reflux œsophagiens révèlent une digestion incomplète, laquelle génère des gaz qui exercent une pression vers le haut, ouvrant au final le sphincter entre estomac et œsophage et favorisant ainsi les remontées acides.
Schéma d’action
• L’œsophage, dépourvu de protection contre l’acidité, réagit fortement à la moindre quantité d’acide.

< La remontée acide est due à une pression intra-abdominale ascendante, qui exerce une poussée sur la valve ou cardia séparant l’estomac de l’œsophage.

< Cette pression est causée par des gaz, formés au niveau intestinal lorsque des glucides insuffisamment digérés dans l’estomac par manque d’acidité gastrique, sont fermentés par des bactéries intestinales.
< Comme ces bactéries se nourrissent de la fermentation, leur nombre augmente et aggrave le phénomène de fermentation et de pression intra-abdominale.

En somme, le manque d’acidité gastrique entraîne une indigestion de certains glucides qui fermentent et produisent des gaz, qui exercent une pression intra-abdominale, causant un reflux gastrique.
Agir sur le reflux par la prise d’anti-acides conduit non seulement à conforter le déséquilibre, mais aussi à augmenter le risque d’infection par Hélicobacter Pylori, ainsi que l’étendue d’infections préexistantes. Par ailleurs, la présence d’hydrogène dans le système digestif augmente le risque d’infection de Salmonelle, de E. Coli et de Campylobacter Jejuni, première cause de gastro-entérite dans le monde.

Principales causes de la baisse de production acide

• L’âge : avec le temps, la production tend à baisser.
• L’alcool qui tend à abîmer les parois
• Le stress
• Le manque de mastication
• La déficience en nutriments et notamment en zinc
Elle est l’une des conséquences d’apports déséquilibrés, mais aussi d’un excès de stress.
• La prise de médicaments
De nombreux médicaments interagissent avec la production acide, notamment les anti-histaminiques et surtout les anti-acides, souvent prescrits à tort. On estime en effet que près de 90 % des personnes traitées pour hyperacidité souffrent en réalité d’hypoacidité.
• L’origine auto-immune
Elle est liée le plus souvent à une hypothyroïdie et/ou à une insuffisance au niveau des surrénales. Autant dire que le stress, une fois encore, peut en être la cause première.
• La bactérie Hélicobacter Pylori
Cette bactérie réussit à se protéger de l’acide gastrique en annulant la production d’acide par l’estomac. Comme sa première source d’énergie est l’hydrogène produit par la fermentation, s’ensuit un véritable cercle vicieux : le manque d’acidité gastrique entraîne une mal digestion des glucides qui fermentent et produisent de l’hydrogène, qui favorise la prolifération d’Hélicobacter Pylori, qui augmente ainsi sa capacité à diminiuer l’acidité gastrique.

Symptômes associés au manque d’acidité

Symptômes digestifs
• Sensation de plénitude comme si nous avions trop mangé, après un repas même très léger
• Aérophagies, nausées régulières après le repas, mauvaise haleine
• Infection récurrentes aux levures
• Anémie
• Sensibilités alimentaires
• Côlon irritable
Autres symptômes
• Déminéralisation
• Problèmes dermatologiques
• Perte de cheveux, ongles cassants
Autres troubles induits
• Crampes nocturnes
• Atteintes rhumatismales
• Fatigue chronique
• Maladies auto-immunes et troubles de dégénérescence

Tester sa production

• Le test du bicarbonate de soude
À jeun, prendre ¼ de cuillère à café de bicarbonate de soude dilué dans 25 cl d’eau. Boire et observer l’apparition des premiers rôts en chronométrant
1 à 2 minutes : taux normaux
2 à 3 minutes : taux normaux à légèrement bas
3 à 5 minutes : taux bas et donc hypochlorhydrie
5 minutes et plus : potentiellement achlorhydrie
Les rots ou renvois sont provoqués par le dioxyde de carbone produit par la réaction chimique entre l’acide chlorhydrique et le bicarbonate de soude.
• Le test du vinaigre
Diluer 1 cuillère à café de vinaigre de cidre dans un verre d’eau et absorber ce mélange après le repas. Si la digestion est soulagée par ce cocktail, il existe un manque d’acide chlorhydrique.
• L’enseignement de la betterave
Boire un jus de betterave et observer ses urines. Si celles-ci se teintent de rouge, l’acidité gastrique n’est pas au mieux.
La betterave contient en effet de la bétalaïne, substance responsable de la pigmentation rouge. Celle-ci se décompose seulement à partir d’un pH correspondant à celui d’un estomac en santé.

Stimuler naturellement sa production

• Prendre le temps de bien mastiquer
• Manger dans le calme
• Ne pas diluer ses sucs gastriques
Éviter de trop boire en mangeant et surtout de commencer le repas par un verre d’eau glacée qui provoque une vidange réflexe.
• S’offrir un apéritif, un vrai !
Non pas une boisson alcoolisée, mais un breuvage apte à stimuler la production acide : jus de choucroute ou autre jus de légume lacto-fermenté idéalement frais, jus vert, sirop de vinaigre de cidre (un doigt de vinaigre pour un verre d’eau), citronnade…

L’hyperchlorhydrie et ulcères
Si l’hypochlorhydrie est très fréquente, l’hyper se rencontre aussi, générant elle aussi  des déséquilibres et affections, dont les ulcères. La survenue des ulcères repose sur 3 facteurs essentiels qui peuvent se combiner entre eux.
• Excès de sécrétion induit par un déséquilibre des apports avec trop de protéines d’origine animale (viande et lait notamment) et de graisses, un excès de boissons alcoolisées ou de café. Outre le fait d’éviter les aliments responsable ou tout au moins de ne pas en abuser, le chou cru et le carbonate de magnésium permettent de réguler l’acidité.
• Médication
Anti-inflammatoires et aspirine notamment sont les causes les plus fréquentes d’une altération de la muqueuse stomacale.
• Hélicobacter Pylori
Présente dans 80 à 90 % des cas d’ulcères, impliquée dans les brûlures, nausées et gastrites chroniques, elle résiste à l’acidité gastrique dont elle réussit à se protéger. L’ail et la propolis notamment permettent de la tenir en respect. À noter que cette bactérie est présente de façon courante et que son rôle exact au sein de l’organisme reste mal connu. Elle contribuerait peut-être à la lutte contre l’obésité. C’est donc sa prolifération qui devient problématique.

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Pour aller plus loin
• Écosystème intestinal et santé optimale, Georges Mouton, collection Résurgences, Marco Pietteur

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