Le mythe de l’ostéoporose

Dans la lignée de « Lait, mensonges et propagande », dont il est l’un des prolongements, ce nouvel ouvrage de Thierry Souccar vise à faire le point sur cette prétendue maladie qui guetterait sournoisement toutes les femmes. Au menu, un état des lieux, une mise au point sur le principal moyen de dépistage (l’ostéodensitométrie) et sur les traitements proposés, une mise à plat des conflits d’intérêts et enfin, une revue des dispositions les plus élémentaires, entre alimentation et exercices, pour prévenir le vieillissement de l’os et déjouer les causes du facteur le plus déterminant de toute fracture : la chute.


Une maladie créée de toutes pièces ?

Dans nos sociétés, les exemples d’invention de maladies ne manquent pas, ni même les ouvrages destinés à dénoncer cette fâcheuse tendance de ce secteur économique si florissant : la santé. Ou plus exactement, la maladie. Ainsi en va-t-il de l’ostéoporose qui, selon les industries pharmaceutique et agroalimentaire, affecterait une femme sur deux après la ménopause. Les fractures sont pourtant bien réelles, avec des conséquences parfois cruelles telle la redoutable fracture du col du fémur dont 20 % des victimes décèdent de complications dans l’année qui suit l’événement et 50 % en conservent un handicap. De quoi effectivement prendre peur. Mais alors ? Oui, la fragilisation de l’os, induite par son vieillissement naturel, est un facteur prédisposant aux fractures, mais ni l’examen de dépistage, ni les traitements ne sont une réponse adéquate : non fiables, inutiles, voire contre-productifs alors que de simples mesures d’hygiène, à portée de chacun, s’avèrent plus efficaces. En somme, Thierry Souccar dénonce une nouvelle fois – et toujours aussi méthodiquement – un endoctrinement fondé sur la peur et nourri de multiples accointances et intérêts.

La remise en cause de l’ostéodensitométrie

L’ostéodensitométrie utilise les rayons X pour évaluer la densité des tissus, soit le contenu minéral de l’os. Mise au point dans les années 1960 aux États-Unis, cette technique s’est perfectionnée par la suite et calcule donc le contenu minéral osseux, rapporté à la surface de l’os scanné permettant d’évaluer ainsi une densité exprimée en grammes par centimètre carré (et non par cm3, ce qui reflèterait une véritable densité). Au-delà du fait que les constructeurs n’aient pas étalonné leurs appareils de manière similaire, cet examen ne donne qu’une donnée partielle dans la mesure où il n’évalue pas la façon dont le minéral se distribue dans l’os, et donc sa qualité. Pourtant, grâce  à une étude a priori peu probante de Richard Mazess, patron de Lunar corporation, fabricant de densiomètres, la densitométrie s’est imposée comme outil de dépistage, alors même que le recul permet de constater qu’elle ne permet pas d’identifier les individus les plus à risque. En clair : ce n’est pas parce la densité est faible qu’une personne fera nécessairement une fracture. « À l’échelle des populations, explique Thierry Souccar, les pays dans lesquels la densité osseuse est la plus élevée sont aussi ceux qui connaissent le plus de fractures. »

Plus dense ne signifie pas plus solide
« Dans un os normal, la rigidité vient des minéraux, tandis que la malléabilité vient du collagène. C’est le collagène qui absorbe l’énergie en cas de choc ou de torsion, c’est donc lui qui donne sa résistance à l’os. Donc un os très minéralisé peut être plus fragile, parce qu’il a troqué de la flexibilité et de la friabilité contre de la rigidité : il faut simplement un peu moins d’énergie pour le briser. »

Des traitements inutiles et même contreproductifs

Au départ, ce sont les traitements hormonaux qui furent sensés protéger, parfois complétés de vitamine D et de calcium, puis ce fut l’heure des bisphosphonates qui, selon un génial principe, bloquent la résorption de l’os, et donc dans le même temps son remodelage, provoquant ainsi des fractures spontanées, des nécroses de la mâchoire… Car c’est un fait indéniable : l’os est un tissu vivant qui se renouvelle constamment. Bloquer sa dynamique, c’est rompre son équilibre ! Bien sûr, côté alimentation, les laitages se sont vus promus « amis pour la vie », et dès 2001, notre Plan national nutrition santé préconisait une augmentation de la consommation de calcium avec 3 à 4 portions de produits laitiers par jour. Or la réalité est sans appel : plus les populations consomment de laitages, plus les risques sanitaires, y compris le vieillissement accéléré de l’os, s’élèvent. Inutile dès lors d’en surconsommer. Il en va de même pour les suppléments de calcium.

Quelles solutions ? Exercices et alimentation anti-inflammatoire

Encore une fois, rien de très original et surtout aucune pilule miracle, mais une prise en charge responsable des principaux facteurs de risque : âge, fracture récente, antécédents maternels de fracture, prise de corticoïdes, diabète insulino-dépendant, consommation d’alcool et de tabac, prise de médicaments types anxiolytiques, antidépresseurs, antiépileptiques, apports alimentaires déséquilibrés, vie sédentaire…
En pratique, il s’agit de s’adonner à des activités physiques qui renforcent l’équilibre (la danse par exemple) et la musculature, tout en sécurisant son lieu de vie (des marches d’escalier non encombrées, pas de tapis « peau de banane », accessibilité des objets usuels…), de s’exposer au soleil ou tout simplement de s’activer davantage à l’extérieur (marcher par exemple) pour optimiser ses apports en vitamine D (80 % des Français sont carencés). Côté alimentation, il s’agit d’adopter le mode anti-inflammatoire et alcalinisant (eh oui, encore et toujours !) avec davantage de légumes et de fruits, moins de glucides pour éviter le yoyo de la glycémie (sucre et féculents dont riz, pomme de terre, pain…), un peu de céréales mais sous forme de grains entiers (fuir les produits transformés, dénaturés, bourrés d’additifs et notamment de phosphates), moins de protéines d’origine animales (préférer la qualité à la quantité et ne pas négliger les œufs, de qualité eux aussi) et surtout de charcuteries (l’excès de sel raffiné nuit au calcium), peu de produits laitiers (une portion par jour est amplement suffisante), des graisses originelles de qualité avec un équilibre entre oméga-3 et 6, de l’eau, des tisanes, un peu de vin (éviter les sodas, bourrés de phosphates), le tout avec des épices et des aromates, des cuissons douces… Bref, un nouvel équilibre pour rester debout et autonome longtemps !

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Pour aller plus loin
• Le mythe de l’ostéoporose, Thierry Souccar, Thierry Souccar éditions, 2013

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