Du caractère sacré de l’acte nourricier

Si j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer les liens entre amour et cuisine, il me semble important d’apporter aujourd’hui un nouvel éclairage pour permettre de comprendre combien le fait de réinvestir le champ culinaire est un acte fort de volonté de changement et d’accomplissement, et plus encore un cadeau fait à soi, à autrui, à l’environnement… Comme j’ai l’habitude de le dire au cours de mes animations, le contenu de notre assiette compte autant que la façon dont nous le mangeons, à laquelle il faut ajouter la façon dont nous le préparons.

« Cuisiner est autant un exercice de générosité, d’humanité qu’un outil d’épanouissement personnel : une méditation active qui convoque émotion, sensorialité, mémoire et gratitude. »
Perla Servan-Schreiber, Le bonheur de cuisiner, éditions La Martinière

Un exercice du don de soi

Alors que le repas en tant que communion est couramment qualifié d’acte sacré, le fait de cuisiner est souvent oublié, renvoyé vers une sorte de logistique quelque peu avilissante, entre pluches et plonge. Des cuisines de restaurant que j’ai eu l’occasion de visiter, me reste pour la plupart d’entre elles le souvenir d’espaces contraints, à l’ambiance froide entre faïence et inox, à l’éclairage au néon, donnant sur une arrière cours sans âme, saturés d’odeurs et de bruits… Dans l’approche indienne, la cuisine est un temple : n’y entre que celui qui en est digne, tant physiquement que mentalement. Et cuisiner est un acte sacré. De fait il l’est puisque toute notre nourriture repose sur le sacrifice d’autres formes de vies au service de la nôtre. Or le sacrifice nous renvoie au fait de rendre sacré. Cuisiner devient alors une responsabilité des plus importantes qui exige beaucoup de la part de celui qui en a la charge. Trop souvent appréhendé comme une corvée, une contrainte ou une perte de temps, cet acte nous renvoie au rôle nourricier primordial, initialement et biologiquement dévolu à la femme, un rôle fait d’attention et de don au service d’autrui.
Nous pouvons donc légitimement nous interroger sur les conséquences des aspirations d’un monde qui, sous prétexte d’égalité, a conduit les femmes à s’identifier à des hommes, les obligeant à moult pirouettes pour remplir leurs innombrables rôles. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de renvoyer les femmes au foyer, mais de reconnaître l’importance et la noblesse du rôle qu’elles sont amenées à y jouer. Nuance ! Car ce faisant, le rôle premier a été doublement dévalorisé puisque de non reconnu, il est devenu méprisé au profit des activités socialement visibles et marchandées et du prêt à ingérer, qui revient à confier à un tiers dépersonnalisé la charge de prendre soin de soi. Dangereux.
L’acte de cuisiner y a ainsi perdu son sens de synergie et de transmutation des énergies émanant tant de la Terre que du Ciel ; cuisiner consistant en la mise en œuvre – consciente et inconsciente – d’une intention (pensée issue de l’information de l’air, soit l’inspiration) dans l’action de transformation des aliments issus de la Terre au bénéfice de la manifestation de l’Être ; manifestation autant physique, que mentale et émotionnelle.

Pourquoi réinvestir le champ culinaire ?

C’est en réfléchissant à la diète GAPS de Natasha Campbell McBride qu’il m’est apparu évident que les raisons de son efficacité tiennent aussi à sa mise en œuvre, qui exige de la part des parents d’accepter de consacrer du temps et de l’attention à l’élaboration des repas. Or s’investir de la sorte est un signal fort au sein de la famille qui manifeste un « je suis ici pour t’aider et t’accompagner vers l’autonomie » et permet de rétablir une communication non verbale à vocation thérapeutique (PM, la diète GAPS a été mise au point pour guérir de nombreux troubles du comportement, y compris l’autisme et la schizophrénie). En effet, s’investir, c’est aussi investir les aliments d’une intention. Je garde en mémoire l’expérience menée avec des boulangers invités à pétrir et façonner la même quantité et qualité de farine, d’eau et de levain. Puis après cuisson dans le même four, avait été réalisée une analyse au moyen des cristallisations sensibles. Chaque pain a donné lieu à une cristallisation singulière prouvant ainsi que notre état d’Esprit imprègne la matière que nous transformons.
De son côté, Masaru Emoto, dont les photos de cristaux d’eau ont fait le tour du monde, s’était prêté à des expériences avec une diététicienne pour évaluer d’une part le « hado » ou énergie des aliments et l’impact des modes de cuisson et de l’état d’esprit. Sans surprise, le prêt à consommer industriel vibrait moins que le fait maison, dont la vibration pouvait être augmentée dès lors que la préparation s’effectuait avec des pensées d’amour et de gratitude. À noter que des pensées exprimant des reproches ou de la haine voyaient le  fait-maison devenir pire que l’industriel !
Réinvestir le champ culinaire ne doit pas se faire sous l’effet de la contrainte, mais d’un choix volontaire et assumé, en ayant conscience de la portée de l’acte.

Cuisiner fait du bien

La cuisine exige présence et attention sous peine de devenir potentiellement un jeu dangereux entre coupures, brûlures, casse, débordement… Ainsi, nous nous devons de mettre en sourdine nos tracas pour rester centré, concentré sur ce que nous faisons et qui devient un acte de pleine conscience. Le rapport aux formes, aux couleurs, aux textures et aux saveurs fait du cuisinier un observateur, un compositeur, un chef d’orchestre, un interprète… un artiste. Personnellement, il m’arrive – lorsque je suis fatiguée – de commencer à cuisiner un peu à reculons et progressivement au fil des préparatifs de me sentir ragaillardie, comme portée par ce qui émerge et se met d’une certaine façon à chanter. Et je me laisse alors guidée par l’intuition du moment, entre bricolage et création. Aucun plat ne ressemble au précédent, ni même suivant ; l’inspiration se renouvelant au gré des produits, des circonstances, des ambiances… Cette spontanéité et cette confiance libèrent l’expression. Pour moi, c’est un hommage au vivant. Plusieurs participantes à mes ateliers avouent s’être totalement désinhiber et appréhendent désormais la cuisine avec plus de légèreté.
Au-delà de l’expérience qui est la mienne, la prolifération des blogs culinaires, qui sont souvent le fait de femmes, fondés sur une volonté de partage de menus bonheurs gourmands signe d’ailleurs le grand retour en force du plaisir de cuisiner et d’exercer en toute simplicité sa créativité, sans ambition de performance. Car ce qui fascine et enthousiasme dans cette dynamique est que la cuisine du quotidien s’en trouve renouvelée, continuellement réinterprétée, pleinement revivifiée. Très souvent aussi se dévoile en marge des recettes, des ressentis, des coups de cœur, des aveux… qui humanisent ce qui n’est froidement qu’un mode d’exécution. S’il existe certes des blogs consacrés aux classiques, force est de constater que l’imagination se débride sous l’effet conjuguée de la contrainte ou de la curiosité, qu’il s’agisse d’introduire de nouveaux produits, de revisiter des standards sans gluten ou caséine par exemple ou d’inventer de nouvelles références pour les tendances émergentes que sont dans des styles différents le végétalisme, le crudivorisme, le paléo, le cétogène…
Enfin soigner les découpes, les présentations, oser les couleurs et les textures différentes sont autant de façons de parfaire l’ouvrage, de satisfaire tous les sens et de nourrir au-delà de la gustation, tel un chemin d’éveil qui ne peut susciter que la gratitude, nous préservant du compulsif et/ou du mécanique.

Cette entrée a été publiée dans • Réflexion sur la nutrition. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.