Un brin de bonheur, édito de la lettre 40 (mai 2017)

« C’est mou » disent les uns ; « Les années d’élections, c’est jamais bon » rétorquent les autres… L’attentisme qui semble présider à cette période entre-deux m’évoque Samuel Beckett et son superbe « En attendant Godot », comme si le retour d’un messie devait tout changer. J’ai d’ailleurs beaucoup souri en lisant la chronique d’Amid Faljaoui relatant l’analyse de Michel Onfray qui expliquait que cette présidentielle est d’abord une machine à vendre du papier journal et du taux d’audience. D’ailleurs, selon lui, cette course à la présidentielle a été construite comme un feuilleton de téléréalité mais sur le principe christique.
Au-delà de l’élection à proprement parler dont certains nous rappellent que « voter, c’est abdiquer », je vois dans cette attente ce même lien de dépendance qui consiste à devenir tributaire d’un tiers ou d’un bien ou d’un aliment ou d’une drogue pour être heureux, alors même que notre époque, dans les multiples défis qu’elle nous propose y compris en termes d’alimentation et de santé, nous invite à nous libérer du joug de notre histoire – du passé comme du futur – pour accéder au potentiel du seul présent. C’est toute la force du pouvoir de l’accueil de ce qui est*, sans jugement et sans volonté, qui permet de prendre du recul, et plus encore de la hauteur, pour s’extraire de la matière, du mental et même des émotions et s’exprimer en tant qu’être souverain.
Cultiver le bonheur revient tout simplement à dépasser l’entre-deux, à cesser d’attendre des jours meilleurs et de lutter contre qui nous sommes, à lâcher nos masques, nos costumes de scène, nos bagages… et à oser l’aventure du présent, qui ne peut-être que la bonne heure.

Bien à vous,

Élisabeth de la Fontaine
* merci à Nassrine Reza

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