- Anachronique - http://www.anachronique.fr/blog -

L’offensive de la grande distribution sur la bio

Écrit par Élisabeth de la Fontaine le 19 février 2018 à 12 h 55 min dans • Humeur du jour

Pendant longtemps, la grande distribution n’avait que faire de la bio. Mais ce segment de marché devenu porteur, affichant une croissance à faire pâlir d’envie, a aiguisé les convoitises. Pour calmer un peu le jeu, on nous a d’abord servi du raisonné qui dans l’absolu ne correspond à rien, mais satisfait les consciences : c’est moins pire. Et après avoir édulcoré le cahier des charges européen de la bio et dopé les pratiques bio-industrielles, tout semble prêt pour l’offensive et les enseignes rivalisent pour créer leur réseau. Si l’on peut se réjouir du recul de l’agriculture intensive conventionnelle, il convient de rester vigilant car la bio ne se résume pas à un label, mais à un choix de société, une aspiration à plus d’exigence, de sens et de respect.

Dans la course aux parts de marché

Carrefour qui a déjà racheté Greenweez, le plus important site de vente en ligne de produits bio, pose ses jalons sur le terrain selon un « Plan bio » qui prévoit l’ouverture de 150 magasins « Carrefour bio » d’ici 2021, dans la logique du concept Carrefour proximité. Une quinzaine existent déjà. Pour assurer ses arrières, Carrefour entend développer ses propres filières. En février 2017, l’enseigne déclarait aider à la conversion 300 fermes grâce à des contrats de trois à cinq ans portant sur les volumes et sur les prix. En mai, c’est par une convention avec la chambre régionale d’agriculture de Nouvelle Aquitaine qu’elle s’est engagée à établir des accords pluriannuels avec les producteurs pour de nouvelles filières d’approvisionnement – régionales et nationales – en produits végétaux et animaux bio. Leclerc emboîte le pas et envisage, après l’ouverture du 1er Leclerc bio ce 17 janvier, d’ouvrir en 2018, 200 points de vente dédiés à la bio.
Intermarché n’est pas en reste puisque les Mousquetaires ont signé le 10 janvier un partenariat avec le Groupement Les comptoirs de la bio, concrétisé par une prise de participation minoritaire de 16 % au capital de l’un des premiers réseaux spécialistes du bio en France. Les adhérents Intermarché pourront ainsi ouvrir des petits supermarchés bio.
Auchan, qui avait tâté le marché avec 2 magasins « Cœur de nature », a ouvert en novembre 2017 un premier « Auchan bio », qui devrait être suivi par une centaine d’autres. Enfin Casino, grâce à l’intégration de Naturalia au sein de Monoprix en 2008, lui-même filiale du groupe, compte ainsi quelque 150 points de vente en France.

« Mais si les enseignes se développent rapidement en France, le risque d’une bio industrielle, hors sol, de faibles qualités nutritives, est bien réel. Je l’appelle “le” bio pour la différencier de “la” Bio à valeurs. J’appelle ainsi la production de masse et le productivisme que le règlement européen de l’agriculture biologique n’empêche pas. Tout en le suivant, on peut faire du conventionnel sans pesticide, en abandonnant toutes les valeurs de la bio. Si on reprend le modèle conventionnel en bio, on aura les mêmes effets et les mêmes conséquences qu’avec l’agriculture conventionnelle. »
Claude Gruffat, président de Biocoop et auteur de « Les dessous de l’alimentation bio », éditions La mer salée, dans un entretien avec bioaddict [1]

Objectif : faire de la bio moins chère

Les petits bios apprécieront car il n’y a pas de recette magique pour produire moins cher : il faut voir grand. Or nous savons que les plantes comme les animaux ont besoin de notre attention et de notre considération pour nous offrir le meilleur en retour. Voir grand conduit à s’éloigner du vivant et par conséquent à gérer comme en conventionnel, juste en moins sale. L’esprit du vivant s’en trouve oublié au profit de la seule production et du rendement. C’est moins pire, mais ce n’est pas mieux !
De plus, en construisant leur propre réseau d’approvisionnement, certaines enseignes vont littéralement s’attacher les producteurs, leur ôtant toute marge de manœuvre autonome, soumis qu’ils seront dès lors à la loi de leur commanditaire. Danger !
Sans compter, faut-il le rappeler, que si le bio est aujourd’hui plus cher, c’est parce que le conventionnel n’inclut pas les coûts indirects de production, ne serait-ce qu’en termes sanitaire et environnemental.

Le vivant n’a pas de prix parce qu’il est par essence inestimable.

Il ne peut exister de miracle économique en la matière et il s’agit là une fois encore d’une énième fuite en avant sur le mode « changeons pour que rien ne change », alors que nous éprouvons avant tout un besoin fondamental de sens et de liens. Il est impossible de se nourrir de données comptables à la vue nécessairement courte : la vie low cost est un leurre et signe une véritable involution. Il est urgent en revanche de se réinscrire dans une approche globale de gestion de patrimoine. Pour ce faire, Il est essentiel de reconnaître la valeur de tout ce que nous côtoyons. C’est aussi une question de respect et d’estime de soi.


Article imprimé sur Anachronique: http://www.anachronique.fr/blog

URL de l'article: http://www.anachronique.fr/blog/?p=3831

Copyright © 2011 Anachronique. Tous droits réservés.