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De l’urgence de nous resynchroniser

Écrit par Élisabeth de la Fontaine le 19 février 2018 à 12 h 59 min dans • Humeur du jour

Ana’chronique renoue cette année avec une programmation saisonnière et fait de ces grands mouvements d’énergie que sont les saisons sa base de travail et d’investigation, tout simplement parce que ce qui semble relever a priori de l’évidence, s’avère de plus en plus vécu comme une abstraction. En effet, tout dans nos modes vie actuels nous conduit à vivre hors des mouvements du vivant, dans une prétendue réalité de plus en plus artificielle et virtuelle. Il est temps de retomber sur terre, de retrouver nos repères, ne de ne plus évoluer à contre-courant des évidences, sous peine de nous épuiser, de nous perdre ou de devenir la proie de discours manipulateurs. Notre souveraineté d’être passe par la resynchronisation avec les forces de vie qui animent l’univers et dont les saisons sont l’une des manifestations.

Quand le calendrier nous déphase

Il y a plusieurs années déjà que j’avais nourri la certitude du non sens du début d’année instauré le 1er janvier. Cette date m’apparaissait arbitraire et mon intuition est devenue conviction au fil du temps. En effet, il existe entre Noël et l’Épiphanie, fêtes chrétiennes qui reprennent des fêtes païennes, un temps comme suspendu durant lequel la durée du jour évolue à peine puisque nous continuons à perdre le matin pour gagner un peu le soir. Cette période qualifiée de 12 nuits saintes dans les enseignements ésotériques est LA grande période de retour à soi et d’introspection dans le silence de la nuit hivernale, dans cette nuit de l’âme qui permet de mieux renaître. L’agitation et l’exaltation ne sont pas de mise. Pour les chrétiens, ces 12 nuits séparent la naissance de Jésus de sa reconnaissance en tant que Christ. Et c’est à partir de l’Épiphanie que la durée du jour s’affirme vraiment et devient nettement perceptible pour la Chandeleur.
Si les calendriers affichaient de fortes disparités, nombre d’entre eux fixaient le véritable début d’année au printemps, à l’instar du calendrier chinois, fondé sur des cycles à la fois solaires et lunaires. Le calendrier égyptien était l’un des plus particulier. Établi non seulement sur les cycles solaires et lunaires, il intégrait la vie du Nil, ses crues et recrues et fixait ainsi son début d’année en juillet au moment où la planète Sirius devenait à nouveau visible, moment qui marquait le retour des crues. Quel que soit le principe adopté de calcul et de découpage du temps, il apparaît surtout qu’il faisait sens au regard de phénomènes naturels observables.

Quand la vie sociale va à l’encontre des besoins physiologiques

Avec l’adoption du calendrier grégorien, notre vie s’avère réglée par le civil, voire l’administratif au mépris des grands mouvements de saison. Ainsi l’hiver qui devrait être un moment de calme, de retour à soi et de bilan pour mûrir en toute sérénité l’année à venir est devenue un moment de frénésie, d’agitation et de stress qui ne permet plus de recharger ses batteries alias les reins en cette période froide. Nous arrivons au printemps éreintés, incapables de nourrir le mouvement de montée en puissance de l’énergie et l’expansion qu’il implique. Alors que l’été devrait marquer la pleine activité, l’ouverture, l’accueil et le don, elle devient saison de nonchalance et de farniente. Qu’espérer alors récolter à l’automne si ce n’est  de la mélancolie.
De plus, rythmées par la seule montre, c’est-à-dire la mécanique, nos journées se ressemblent d’un bout à l’autre de l’année. Pire encore, le confort nous conduit à nier les éléments pour nous faire vivre sur un mode linéaire.

Quand le virtuel supplante le réel

L’avénement des écrans dans nos vies marque une nouvelle étape vers l’abstraction en nous privant de l’expérience sensible qui seule permet de tirer profit du vécu. Nous percevons le monde et les autres au travers de ce que la lucarne nous délivre. Nous en oublions les notions de jour et de nuit, soumis que nous sommes à cette lumière bleutée qui entrave la sécrétion de mélatonine, cette précieuse hormone du rythme veille-sommeil, qui assure la maintenance diurne, rétablit l’immunité. En retour, nous sommes de plus en plus fatigués, de plus en plus frustrés, de plus en plus affaiblis au point de compter sur le virtuel pour nous permettre de vivre une réalité augmentée. La fuite induite par le progrès montre depuis longtemps ses limites et s’il ne s’agit pas de renier ce que la technologie ouvre comme possibles, il convient plus modestement de ne pas en faire un absolu qui surchauffe le mental et oublie le corps.

Toucher Terre, une nécessité vitale

Cette prétention de maîtrise de la nature dès lors considérée comme une ressource, et non comme un patrimoine, nous conduit à l’arrogance. Nous exploitons la terre, nous exploitons les végétaux, nous exploitons les animaux et nous nous exploitons les uns et les autres. Cette logique nous fait oublier la responsabilité de gestion qui est la nôtre en tant qu’êtres pensants, capables de concevoir, élaborer, projeter… Balayer d’un revers de manche des millénaires d’observation scrupuleuse revient à se comporter en éternel adolescent qui se croit invincible et totalement indépendant de son environnement, tout en souffrant de son autonomie en germe. Quoique la technologie puisse nous permettre, nous restons soumis aux rythmes, à l’influence du soleil et de la lune pour ne citer qu’eux.
En ce sens, le jardinage, dont les vertus thérapeutiques sont bien attestées, permet de renouer avec l’observation, l’attention, la patience et la confrontation aux éléments, expérience apte à rendre modeste, voire philosophe. Travailler avec la terre et le vivant est ainsi l’un des plus sûr chemin de sagesse pour aller à la rencontre de soi. Cuisiner avec les fruits de la terre, au moment où leurs forces d’expression sont maximales, en est le prolongement, et mérite d’être réhabilité en tant qu’activité sacrée car, au-delà de la diversité alimentaire, qu’est-ce qui nourrit en profondeur l’être si ce n’est le potentiel de mouvement, d’énergie et donc d’information véhiculé par ces aliments ? Les médecines traditionnelles l’avaient fort bien compris sur la seule foi de l’observation du vivant et le programme 2018 d’ana’chronique ambitionne donc modestement de permettre de le redécouvrir.


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