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Éloge de l’amer, voie suprême vers la douceur

Écrit par Élisabeth de la Fontaine le 19 février 2018 à 13 h 13 min dans • Réflexion sur la nutrition

Saveur mal aimée, voire redoutée, l’amer nous est pourtant essentiel pour assurer une digestion optimale, soutenir le Cœur selon la médecine traditionnelle chinoise (MTC) et déjouer en cela l’illusoire réconfort du sucré.

[1]Un tonique digestif

Nombreux sont les vins médicinaux, qualifiés d’apéritifs, réalisés à base de substances amères. En effet, ces breuvages dont la fonction première était thérapeutique visaient à « ouvrir » la digestion comme leur nom l’indique, apéritif dérivant du verbe latin « aperire » signifiant ouvrir. Aujourd’hui, nous les appréhendons surtout comme susceptibles d’ouvrir…l’appétit !
Il s’avère que l’amer stimule les sécrétions enzymatiques : sécrétions salivaires (indispensable à la digestion des amidons), sécrétions gastriques (début de digestion des protéines), et par voie de conséquence, celles-ci stimulant les suivantes, les sécrétions enzymatiques issues du pancréas et de la vésicule biliaire. En cas de digestion lourde ou lente, le bon réflexe est de reconsidérer la saveur amère dans son alimentation, sachant que l’acidité gastrique [2], trop souvent mal appréhendée, nous est absolument essentielle.

Bonne digestion, bonne assimilation

En stimulant les sécrétions enzymatiques, l’amer optimise l’assimilation des nutriments et permet de tirer profit des aliments ingérés et notamment des micro-nutriments que sont vitamines et surtout minéraux et oligo-éléments, lesquels sont indispensables à la synthèse des enzymes. Faute d’apport, une spirale vicieuse se met en place, la mal digestion entraînant des carences, elles-mêmes responsables de mal digestion…
Par ailleurs, l’amer tonifie les muqueuses et permet ainsi aux intestins d’effectuer leur travail de tri sélectif de façon plus performante.
Sachant de surcroît que la bile contribue à lubrifier le tube digestif, l’amer, en stimulant sa sécrétion, soutient le transit et évite à l’organisme de se réintoxiquer par réabsorption. Avis aux constipés !

Une alliée de la détoxification

La bile, synthétisée par le foie et stockée par la vésicule biliaire pour être éjectée selon les besoins dans le tube digestif, est considérée en MTC comme un liquide « pur », très précieux. Non seulement, elle permet d’émulsionner les graisses pour en assurer la digestion, mais elle est la voie d’évacuation des toxines et toxiques issus du travail d’épuration du foie, lesquels sont alors éliminés dans les fèces.
Foie et vésicule biliaire fonctionnent donc en tandem, assurant également la libre circulation du Chi, c’est-à-dire de l’énergie dans tout l’organisme.
Tout dysfonctionnement hépatique retentit sur la vésicule et inversement. Or le foie est très sensible aux émotions et notamment tout ce qui relève de la colère, de la frustration, des rancœurs et des rancunes. Si celles-ci sont refoulées, elles affectent la fonction hépatique et génèrent à l’extrême des calculs biliaires, comme autant de cailloux sur la voie de l’expression. En soutenant le foie, l’amer peut nous aider à mieux gérer ces émotions. Olivier Soulier synthétise cette capacité en nous disant que l’amer permet de gérer nos amertumes, c’est-à-dire de les dépasser par l’accueil. Il s’avère que cette saveur est associée en MTC au Cœur, grand organe de la gestion des émotions. En tonifiant le Cœur, l’amer nous permet d’accueillir nos émotions avec davantage de sérénité, d’ouverture de cœur et donc de douceur.

Foie et vésicule selon la MTC
Le Foie est assimilé à un général des armées, en charge de la stratégie d’action à mettre en œuvre alors que la vésicule décide et tranche et permet donc le passage à l’action. La Vésicule Biliaire donne du courage à l’Esprit, gouverné par le Cœur, pour mener à bien les décisions prises. Et foie et vésicule sont en lien avec les tendons qu’ils dotent de souplesse et mobilité.
L’indécision traduirait ainsi une vésicule peu affirmée ou plutôt faible. Foie et vésicule sont à leur maximum de puissance au printemps et plus particulièrement au mois de mars, mois dédié au Dieu de la guerre et donc de la mise en marche des troupes. Les Romains repartaient en campagne en mars, mois qui marquait le début de leur année !
Au niveau individuel, cette puissance, par l’énergie qu’elle déploie, nous invite à nous projeter dans les projets, ces envies de réalisation pour l’année à venir, qui nous permettront de nous réaliser, c’est-à-dire d’exprimer ce qui nous tient à cœur, ce que nous sommes fondamentalement. Les émotions que nous qualifions de négatives, comme la colère, se révèlent être des moteurs de changement, propres à nous faire grandir à nous-même, à condition d’accepter de les accueillir sans jugement, avec la bienveillance du cœur, comme autant d’indicateurs du décalage existant entre les aspirations de notre Être et notre vécu. En refoulant nos émotions, nous bloquons la circulation de l’énergie qui se retourne alors contre nous.

Amer contre sucré

Jim MacDonald [3], herboriste américain, pousse la réflexion plus loin encore : il souligne que l’amer est une saveur qui était nettement plus présente dans l’alimentation de nos ancêtres et que même des substances réputées sucrées comme le suc de canne, comportent dans leur version brute une dose d’amertume. Il émet ainsi l’hypothèse que notre attrait vers le sucré correspondrait en fait à un besoin d’amer. L’extrapolation pourrait sembler osée mais l’expérience de la dégustation des saveurs [4] en conscience montre que si l’amer génère un certain inconfort a priori, il se mue insensiblement en douceur intériorisante, l’image la plus souvent employée renvoyant à de la profondeur. Or, très souvent, la quête de sucré correspond à un besoin de chaleur et de sécurité dont la satisfaction s’avère très fugace. Outre le fait de calmer les fringales de sucre, l’amer nous rappelle donc que la solution à nos maux se situe toujours à l’intérieur, dans les profondeurs de l’Être et nous invite à dépasser la sensation première de rejet alors que le sucré agit comme un leurre et n’apporte qu’un soutien transitoire et superficiel, porte ouverte à la dépendance tant physique qu’émotionnelle.
En fait, selon lui, nombre des maux d’aujourd’hui seraient induits par une carence en amer.

L’amer, une saveur à apprivoiser

Le rejet de l’amer tiendrait dit-on à la mémoire inconsciente vis-à-vis des poisons, souvent porteurs d’amertumes. Il est vrai que les enfants n’apprécient pas cette saveur qui les fait grimacer. Olivier Soulier estime que les enfants n’en ont pas besoin, n’ayant pas d’amertumes à gérer. Progressivement, au fil de l’existence, nous apprenons à élargir notre palette d’appréciation, découvrant le charme de l’amer, qui nous fera par exemple apprécier la bière, le chocolat noir intense et le café sans sucre. Inconsciemment, l’amer nous aide à gérer nos désillusions et à prendre conscience de nos besoins les plus intimes.
En acceptant plus facilement l’amer, nous contribuons à contrebalancer la diminution des sécrétions enzymatiques qui s’opère au fil de l’avancée en âge et dont souffrent nombre de personnes âgées.

Un argument de plus pour redécouvrir les plantes sauvages

Avec l’énergie du printemps qui s’affirme, l’opportunité nous est donnée de goûter à l’amer au travers des plantes sauvages, idéales pour accompagner cette renaissance dans l’ouverture du Cœur puisqu’elles conjuguent l’amer avec la couleur verte qui elle aussi s’adresse au Cœur. Et s’il ne fallait en retenir qu’une, ce serait le pissenlit [5], des racines à la fleur, une plante étonnante de modestie et véritablement magique dans ses effets puisqu’elle agit globalement sur l’ensemble du système digestif et urinaire.
Cousine des chicorées, elle est effectivement amère mais sait aussi se faire douce. Ne qualifie-t-on pas la gelée de pissenlit de miel ? Quant à ces racines, une fois cuisinées, elles deviennent également douces. Au niveau subtil, le pissenlit est une plante de la réharmonisation totale de l’Être, riche en Silice qu’elle va rechercher au plus profond des sols, qui nous permet de capter lumière et donc information, tout en confortant nos tissus. Il n’y a pas mieux pour soutenir l’organisme et nous aider à panser les maux de l’Âme.

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• retrouver l’article d’origine de Jim mcDonald traduit sur AltheaProvence [6], le fabuleux blog de Christophe Bernard


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