Additifs alimentaires et trouble du déficit de l’attention (TDAH), mythe ou réalité ?

Régulièrement, la relation de cause à effet entre additifs et TDAH (trouble de l’attention et hyperactivité) est pointée du doigt. Et pourtant, aux USA, malgré les études, les expériences et les observations, la FDA (Food and Drug Administration) a une nouvelle fois estimé, en mars dernier, que les preuves étaient insuffisantes. Alors, mythe ou réalité ?

Le TDAH

Le trouble de l’attention a été décrit cliniquement dès le XIXe siècle, en Allemagne par H Hoffman (1845), puis en France par Bourneville (1897), sous le nom d’instabilité neuro-motrice. Si en Europe, l’approche se veut d’abord psychiatrique, aux USA, les chercheurs s’intéressent au fonctionnement cérébral par une observation neuro-anatomique. Aujourd’hui, ce trouble est classé comme relevant de la neurologie et non de la psychiatrie, fondé sur un dysfonctionnement cérébral résultant d’un trouble biochimique lié aux neurotransmetteurs avec manque de sérotonine et excès de dopamine. Il se caractérise par un déficit d’attention avec difficulté à se concentrer, de l’impulsivité, accompagnés le plus souvent d’hyperactivité. Le TDAH ne touche pas seulement les enfants, mais il est généralement établi dans un contexte scolaire, voire dès l’entrée en crèche. À l’âge adulte, le TDAH se manifeste par une anxiété marquée, une instabilité émotionnelle, voire de l’agressivité pouvant affecter la vie sociale et prédisposer à certaines dépendances (alcool, drogues…) qui aggravent encore le mal être. Aujourd’hui, ce trouble pour lequel aucun traitement curatif n’est connu, donne souvent lieu à une médication, essentiellement à base de méthylphénidate (Ritalin®, Ritaline®, Concerta®…). Mais ces traitements peuvent générer des effets indésirables (hypertension, troubles du rythme cardiaque, migraines, AVC, dépression, psychose…) au point que l’Agence européenne du médicament (EMEA) recommande l’observation préalable de tout problème cardiaque ou psychiatrique, ainsi qu’une surveillance tout au long du traitement.
Parmi les facteurs favorisant le TDAH sont évoqués la génétique (problème impliquant les récepteurs de dopamine), l’environnement (exposition à certains toxiques, excès de télévision et de jeux vidéo…) et l’alimentation (métaux lourds, pesticides, excès de sucre, colorants et additifs).

Les additifs alimentaires
« Les additifs alimentaires sont des substances ajoutées aux produits alimentaires dans le but d’en améliorer le goût, la texture, la conservation et les propriétés nutritionnelles. […] Ils sont classés selon la fonction qu’ils remplissent lorsqu’ils sont ajoutés aux aliments : stabilisants, épaississants, gélifiants, anti-agglomérants, agents d’enrobage, gaz d’emballage et gaz propulseurs. Seule une substance habituellement non consommée comme un aliment en soi et non employée comme un ingrédient caractéristique de l’aliment répond à la définition d’additif. Dans l’Union européenne (UE), trois directives précisent la liste des additifs dont l’emploi est autorisé (à l’exclusion de tout autre), la liste des denrées alimentaires auxquelles ces additifs peuvent être ajoutés et les quantités maximales autorisées. Lorsqu’un additif alimentaire est autorisé au niveau européen, celui-ci bénéficie d’un nombre E (E pour Europe), qui est aussi un moyen à la fois simple et pratique d’étiqueter les additifs autorisés dans les différentes langues de l’Union européenne. »
Source Eufic (European Food Information Council)

Allergies et intolérances aux colorants et additifs

Le docteur Benjamin Feingold (1899-1982), pédiatre et allergologue américain, est l’un des premiers, dans les années 1970, à avoir soupçonné l’impact délétère des additifs alimentaires, jugés alors responsables du développement de l’hyperactivité observée chez les enfants. Fort de 1200 cas témoins, il démontre un lien entre allergies et sensibilités alimentaires aux additifs, colorants et agents de saveur et de conservation, et hyperactivité. Feingold s’est notamment intéressé aux salicylates, qui inhibent certaines enzymes, entraînent des carences en neuromédiateurs et perturbent les circuits de l’insuline et de l’histamine. Son approche a été reprise et poursuivie au sein de l’unité d’allergologie du Royal Prince Alfred Hospital (RPAH) en Australie, laquelle a été amendée dans les années 1980 par Sue Dengate, une néophyte passionnée, sous le nom de régime Failsafe (Free of Additives, Low in Salicylates, Amines and Flavour Enhancers, failsafe signifiant également « de sécurité totale » en anglais). Le régime Failsafe exclut les additifs (colorants, conservateurs, antioxydants dont les sulfites), les salicylés y compris naturels, les produits chimiques présents dans l’environnement (cosmétiques, produits ménagers, mobilier…) et certains neurotransmetteurs dits libres ou pseudo-neurotransmetteurs, comme les glutamates ou les amines.
En Europe, et toujours à partir des travaux de Feingold, Herta Hafer, pharmacienne allemande, s’est quant à elle penchée sur les effets des phosphates, très présents dans de nombreux produits industriels et dont l’excès entraîne une fuite du calcium et du magnésium, deux minéraux essentiels à l’équilibre nerveux. Herta Hafer a mis au point une diète exposée dans un ouvrage paru pour la 1re fois en 1976 et réédité régulièrement depuis. Cette diète a fait ses preuves non seulement en Suisse, en Allemagne et aux Etats-Unis, mais aussi dans divers hôpitaux de Suède et de Norvège en permettant de stopper la prise de Ritaline® et d’obtenir une régression complète  du TDAH.

« Entendons-nous bien, les phosphates en tant que tels sont nécessaires à la croissance et au bon fonctionnement de l’individu, mais c’est leur excès dans notre nourriture qui est préjudiciable à certains enfants, en moyenne deux à trois sur dix, et surtout des garçons, pour continuer à influencer ensuite leur comportement
d’adolescent et d’adulte. Les effets de cette intolérance physique aux phosphates commencent à se manifester au moment où l’enfant quitte le stade de nourrisson pour une alimentation plus variée, donc dès l’âge de 2 ou 3 ans, pour atteindre un point culminant vers 12 à 13 ans, et se manifester encore durant l’adolescence…. L’intoxication aux phosphates alimentaires se manifeste par l’apparition des troubles caractéristiques de DTAH.»
L’enfant hyperactif, centre médical Kousmine de Vevey, document téléchargeable ici

En 2007, une étude anglaise conduite par une équipe de l’Université de Southampton dirigée par Jim Stevenson et publiée dans The Lancet a tenté de mesurer l’impact d’un cocktail de divers additifs et colorants. Un groupe d’enfants a suivi une diète exempte d’additifs et reçu un placebo, un second a reçu un cocktail d’additifs. Dans ce second groupe, les chercheurs ont noté une augmentation des symptômes de TDAH. En 2009, une autre étude a constaté l’impact de la consommation régulière d’aliments de mauvaise qualité (aliments raffinés, boissons gazeuses…), qui augmente de façon significative les troubles du comportement et de l’apprentissage par déficit de nutriments, attestés par des taux sanguins inférieurs à la normale.

Une hypersensibilité en entraîne d’autres

Si les diètes d’éviction permettent d’obtenir des résultats probants, il ne faut pas négliger le fait qu’une surexposition par les addtitifs et colorants à certains composants entraîne aussi une sensibilité aux aliments qui en contiennent naturellement. Il devient alors nécessaire de cerner les allergies et intolérances propres à chacun afin d’établir un programme personnalisé. Voici donc quelques exemples parmi les plus courants.
• Les salicylates
Ils sont présents dans certains médicaments à commencer par l’aspirine et dans de nombreux cosmétiques et produits d’hygiène.
Côté aliments, ils sont présents dans les fruits à noyaux, les tomates, les épices, les châtaignes, les oranges, l’ananas, le jus d’herbe, le miel, les oléagineux, la noix de coco et ses dérivés, la réglisse, les pommes, l’huile d’olive, le vin, la levure de bière…
• Les phosphates
Ils sont très présents dans de nombreux produits industriels : biscuits et viennoiseries (levure chimique, lécithine de soja), dans les fromages fondus (di, tri et polyphosphates), riz incollable, sodas, boissons et barres chocolatées, Nutella®…
Mais on les trouve aussi dans le jaune d’œuf, les oléagineux, les légumineuses, le lait de vache…
• Les amines
Ils sont présents dans les viandes de conservation bio ou non (charcuteries), les viandes matures, le gibier faisandé, tous les poissons, les bananes mûres, les avocats, les fraises, le chocolat, les produits fermentés ou marinés (pickles, choucroute, miso…), les fromages affinés, les agrumes, les oignons, les légumineuses, les graines germées, les oléagineux… Ils se développent également lors de cuissons trop violentes (grillades, par exemple), ou trop longues (plus de 2 h).
• Les sulfites
Ce sont des agents de conservation dérivés du soufre, que l’on trouve dans le vin (blanc notamment), les charcuteries, les fruits traités (abricots ou raisins secs par exemple), et tous les produits contenants les E220 à 228 (maïzena, sirop de maïs, de glucose, maltodextrine… présents dans les muesli, corn flakes, biscuits, crèmes glacées…).
Il s’avère que les personnes sensibles aux sulfites le sont également à d’autres sources de soufre : fromages frais (surtout au lait cru), les œufs, les oignons et même certains produits à base de maïs.

Une fois encore, nous observons que la complexité de notre environnement et des substances auxquelles nous sommes confrontés quotidiennement rendent les solutions également complexes, prouvant une fois encore que l’approche individuelle doit être privilégiée, tenant compte du terrain propre à chacun. Néanmoins, si vous êtes confronté au TDAH, commencez par éviter tous les additifs et colorants et observez les signaux de votre corps, lequel ne ment jamais ! Et si besoin, faites vous aider par un professionnel, voire un praticien de la méthode NAET, pour travailler sur les causes, plutôt que de céder à la pilule miracle, qui ne sera qu’une nouvelle fuite en avant.

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Pour aller plus loin

• Sur les additifs alimentaires
> Additifs alimentaires, le guide indispensable pour ne plus vous empoisonner, Corinne Gouget, édition Chariot d’Or, régulièrement réédité
> Guide des additifs alimentaires : Les précautions à prendre, Maria Denil et Paul Lannoye, Editions Frison-Roche, 2004
> Additifs alimentaires : Ce que cachent les étiquettes !, Hélène Barbier du Vimont, Trédaniel Poche, 2011
> Les additifs alimentaires : Un mal nécessaire ?, Jean-Claude Houdret, Médicis, 2005

• Sur les hypersensibilités multiples
> Canaris de la modernité, Taty Lauwers, Les topos de Taty, 2008
> Méthode Naet de désensibilisation : Déficit d’attention et hyperactivité de l’enfant et de l’adulte, testez la méthode Naet, Devi S. Nambudripad, Testez éditions, 2009

•  Sur les travaux de Sue Dengate (diète Failsafe)
Les enfants, tubes à essai sur pattes
Une courte vidéo, visible notamment ici sur daily motion, donne un petit aperçu du travail de Sue Dengate. Le mieux reste, pour ceux qui lisent l’anglais de se reporter directement à son site ou à ses ouvrages (Different Kids: Growing Up with Attention-deficit Disorder , 1994 ; The Failsafe Cookbook, nouvelle édition de 2007 et Fed Up, nouvelle édition entièrement revue en 2008).

• Sur la diète Hafer
> La drogue cachée : les phosphates alimentaires, cause de troubles du comportement, de difficultés scolaires et de délinquance juvénile
Herta Hafer
Traduit en français par Luce Péclard, Editions du Madrier.

• Sur les travaux de Benjamin Feingold
Ses ouvrages, en anglais seulement :
> Introduction to Clinical Allergy, 1973
> Why Your Child is Hyperactive, 1975

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Une réponse à Additifs alimentaires et trouble du déficit de l’attention (TDAH), mythe ou réalité ?

  1. kholtei dit :

    bonjour autant que prof à la fac je compte sensibiliser les étudiants sur les effets d’add aliment.
    J’aimerais bien recevoir les derniers articles et recherches sur ces add, et ceux les plus soupçonnés.

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