Le syndrome entéropsychologique

Derrière cet intitulé un rien énigmatique se cache un ouvrage fondamental enfin disponible en français. Publié en 2004, il fait le point sur les travaux de recherche du docteur Natasha Campbell-McBride sur les liens entre état physique et fonctionnement cérébral et plus particulièrement entre altération du système digestif et pathologies mentales. Sachant que le dysfonctionnement intestinal est à la base de nombreux maux, des allergies aux multiples maladies auto-immunes, le protocole proposé est plus qu’intéressant car, contrairement au régime Seignalet basé sur l’éviction à vie (ni gluten, ni caséine), il vise le rétablissement de l’écosystème intestinal et donc la guérison. À découvrir et faire découvrir absolument !


Une spécialisation dictée par l’histoire

Docteur en médecine, spécialisée en neurologie, Natasha Campbell, confrontée au diagnostic d’autisme de son fils, a choisi de poursuivre sa formation en nutrition à l’Université de Sheffield en Grande-Bretagne. Ayant guéri son fils, elle décida de se spécialiser dans l’approche nutritionnelle de l’autisme et des pathologies annexes au sein de la Cambridge Nutrition Clinic qu’elle dirige. Elle est aujourd’hui mondialement reconnue en tant que spécialiste des troubles de l’apprentissage et autres pathologies mentales de l’enfant et de l’adulte, ainsi que des pathologies digestives et immunitaires de l’enfant.

« Le Syndrome GAP est l’œuvre de ma vie. Pourtant, le régime mis au point pour le traiter inclut beaucoup de graisses animales et d’aliments riches en cholestérol, tels que les œufs. Nous vivons à une époque de défiance à l’égard des graisses et du cholestérol, et tous mes patients me demandaient si mon protocole nutritionnel leur faisait courir un risque sur le plan cardiovasculaire. C’est pour expliquer les fondements du protocole à mes patients que j’ai décidé de rédiger un livre sur ce thème. »

Le syndrome GAP (Gut and Psycholgy Syndrome)

C’est le nom donné par Natasha Campbell pour couvrir le champ des liens entre fonctions digestives et cérébrales, après avoir travaillé avec des centaines d’enfants et d’adultes atteints de pathologies neurologiques et psychiatriques telles que troubles du spectre autistique, déficit d’attention avec ou sans hyperactivité, schizophrénie, dyslexie, dyspraxie, dépression, troubles obsessionnels compulsifs, trouble bipolaire et autres problèmes d’ordre neuropsychologique et psychiatrique.
L’examen clinique permet de constater que, outre leurs présumés problèmes mentaux, ces patients sont également très malades sur le plan physique. Troubles digestifs, malnutrition, allergies, asthme, eczéma, cystite chronique, candidoses et alimentation sélective sont largement représentés dans le tableau clinique.

L’intégrité du système intestinal en cause

Au départ, les patients, enfants ou adultes, dont il est question, ne disposaient pas d’une flore intestinale normale, et celle-ci s’est dégradée au fil des traitements antibiotiques et des vaccinations. Ils souffrent généralement de problèmes intestinaux, d’allergies, d’asthme et d’eczéma. Mais un autre phénomène grave se produit chez ces personnes, qui finiront par souffrir de problèmes neurologiques et psychiatriques. Sans l’effet régulateur des bactéries bénéfiques, différents virus, champignons et bactéries opportunistes et pathogènes prolifèrent et colonisent densément le système intestinal. Par exemple, deux types sont retrouvés quasiment systématiquement lors des recherches : des levures (dont le Candida) et des bactéries du genre Clostridium. Ces microbes pathogènes commencent à digérer les aliments à leur manière en produisant quantités de substances toxiques diverses, qui sont ensuite absorbées dans le flux sanguin et acheminées jusqu’au cerveau en traversant la barrière hémato-encéphalique.
Le nombre et la combinaison de ces toxines, très variables d’un individu à l’autre, induisent des symptômes neurologiques et psychiatriques différents. Par manque de bactéries bénéfiques, le système digestif, au lieu d’être une source de nutriments, devient un vecteur majeur d’intoxication pour l’organisme.
Le Syndrome GAP prend donc en compte le lien existant entre l’état des intestins et le fonctionnement du cerveau, lien connu depuis fort longtemps par les médecins. En effet, le psychiatre français Philippe Pinel (1745–1828), père de la psychiatrie moderne,  concluait en 1807, après avoir travaillé pendant de nombreuses années avec des patients atteints de troubles psychiatriques que “Le siège principal de la folie se trouve généralement dans la région de l’estomac et des intestins”. Bien avant lui, Hippocrate (460-370 av. J.C.), fondateur de la médecine moderne, déclarait : “Toute maladie commence dans les intestins”. Les outils scientifiques modernes leur donnent raison !

La performance de l’approche

Si Jean Seignalet avait bien intégré le rôle de la digestion dans son approche des maladies auto-immunes, le régime d’exclusion préconisé s’avère difficile à tenir dans la durée et chaque écart conduit à une rechute dans la mesure où, s’il élimine les facteurs majeurs de dysfonctionnements, il ne concourt pas à rétablir l’équilibre de la flore intestinale, ni l’intégrité de la muqueuse. En effet, cette diète élimine le gluten et non l’ensemble des sources de glucides. Or, les bactéries pathogènes opportunistes se nourrissent de glucides. Le protocole de Natasha Campbell élimine toute source favorable au développement de ces bactéries, s’attache à permettre la restauration de la muqueuse par une digestion allégée en effort, riches en protéines animales, propres à réparer les tissus lésés. Dans le même temps, elle s’attache à réensemencer le milieu par l’apport régulier de probiotiques. Enfin, sa force tient au fait que cette diète s’appuie uniquement sur des produits simples (jus et légumes lacto-fermentés par exemple), faciles à préparer pour la plupart et donc accessibles à tout un chacun. Le protocole est basé sur des paliers d’introduction ou réintroduction progressive des aliments afin d’aboutir à une guérison totale. Le temps requis est fonction de l’état initial et de la capacité de rétablissement de chacun.

Sachant que la dysbiose ou déséquilibre de la flore et la porosité intestinale sont des problèmes majeurs aujourd’hui, il est évident que le travail de Natasha Campbell peut être utile dans bien des cas. Pour bien comprendre le problème et cerner les enjeux, une série d’articles sera consacré au rôle clé joué par l’intestin et aux causes de déséquilibre.

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Pour en savoir plus
• Le site nutrition holistique
Il est le relais francophone de l’approche de Natasha Campbell dont il expose de façon détaillée les principes et le protocole.
C’est aussi sur ce site qu’il est possible de commander l’ouvrage « Syndrome entéropsychologique » (39 CHF + frais de port) pour aller plus loin dans la compréhension.
• Le site officiel de Dr. Natasha Campbell-McBride, en anglais
Les secrets du bouillon de poule
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